Antispécisme et contradiction (attention, avocat du diable)

Zigzag

Broute de l'herbe
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L'antispécisme a une contradiction interne-qui, dans la pratique, n'empêche pas d'être végan. Dans la pratique, boycotter les produits qui causent l'élevage et abattage de milliards d'animaux reste compréhensible, malgré ce détail théorique.

L'antispécisme impliquant une conscience de ne pas faire souffrir d'autres espèces que seul l'être humain possède (il s'en sert très mal mais c'est un autre sujet), lui seul peut être consciemment antispéciste. (Ceci dit, on voit des exemples d'espèces animales recueillant d'autres espèces, c'est un comportement antispéciste, mais inconscient). Donc, l'antispécisme, tout en se fondant sur le fait que l'être humain n'est pas supérieur aux autres espèces, n'est possible que par une supériorité morale humaine.

Je ne suis pas l'auteur de cet argument, je l'ai déjà entendu de la part de petits- malins-omnis-qui-chechent-à-démonter-le-véganisme (tout le monde en a rencontré).

A chaque fois, j'y répond sur le plan pratique (voir ce qui est écrit au début du message), et les omnis un minimum honnêtes admettent que j'ai raison.
Mais comment y répondre sur le plan théorique? Comment, théoriquement, surmonter cette contradiction de l'antispécisme?
 

Balika

Élève des carottes
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Je ne comprends en quoi ça a à voir avec une notion de "supériorité morale" et en quoi il y aurait contradiction. Effectivement, jusqu'à preuve du contraire, seuls les humains ont (parfois) conscience des souffrances qu'ils causent aux autres animaux et peuvent donc modifier leur comportement pour les éviter (dans la mesure du possible).

La morale est une particularité humaine, mais elle n'est en rien une marque de "supériorité", de même que n'importe quelle particularité qu'ont d'autres animaux et que nous n'avons pas : vol, respiration sous l'eau, mimétisme, etc.

L'argument inverse serait que, comme nous sommes aussi des animaux, la morale ne devrait pas exister et nous devrions nous autoriser tous les comportements "naturels" des autres animaux : esclavage, viol, meurtre, etc.

La morale peut-elle s'appliquer à des êtres (à priori) dépourvus de sens moral ?
 

screugneugneu

Jeune bulbe
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Je ne suis pas antispéciste pour cette raison. Je suis en retard dans mes lectures, donc j'attends encore de voir ce que les gens spécialistes disent de la question du droit à l'auto-détermination des nations non humaines et des modalités de leur représentation pour me faire une opinion définitive, mais je bloque sur cette notion depuis de nombreuses années. Le projet antispéciste c'est de décider pour les animaux et à leur place, certes avec leurs intérêts en tête, mais du coup c'est en effet une forme de welfarisme radical, pas un rapport d'égalité.
Par exemple, on emmène nos animaux chez le véto, voire on les fait opèrer, mais ça les fait flipper, ça les stresse, voire ça les terrifie et quand il y a soins post-op ça peut être très douloureux. Mais c'est pour leur "bien" alors on le fait. Sauf que les animaux, ils vivent dans le moment présent, le véto ça leur est imposé en réalité. En vrai, ils choisiraient probablement pas le véto s'ils avaient leur mot à dire, ils ne se projettent pas de cette façon. Alors quand t'appliques ça à la stérilisation des populations animales, notamment citadines, je trouve que ça mène la logique anti-spéciste dans une impasse (comme beaucoup de logiques anti-quelque chose et déconstructionnistes, les questions sont bonnes, il faut les poser, mais ça n'apporte pas de réponse).
C'est pareil pour les rapports d'égalité ou d'équité. Certaines organisations sociales animales fonctionnent à la loi du plus fort, ils s'en fichent de l'égalité. Au final, ce sont nos valeurs qu'on veut imposer. Là-dessus, je rejoins les omnis. Mais comme tu le dis, ça n'empêche absolument pas d'être végane et de vouloir stopper l'exploitation animale. Bien au contraire même je trouve. C'est pousser la logique de compassion et d'empathie jusqu'au bout. Et quand j'ai ce débat-là avec les omnis (on va pas se mentir, j'en n'ai pas croisé beaucoup qui avaient poussé la réflexion jusque-là ^^), je leur dis qu'en effet, on n'a pas toutes les réponses, que la communauté végane est variée, que nous n'avons pas tous les mêmes opinions sur tout et qu'il y a des débats internes et que c'est bien la preuve qu'on n'est pas un secte et qu'ils peuvent nous rejoindre ^^
 

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Broute de l'herbe
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Bonjour
Le débat est assez compliqué. Il me semble que, dans un monde anti-spéciste, il n'y aurait plus d'animaux "domestiques". Le simple fait d'obliger des animaux à rester près de nous pour nous tenir compagnie est une violence.
Ces espèces ont d'ailleurs été fabriquées par nous et pour nous. Sur le principe, ça ne fait pas très respectueux. Dans la majeur partie des cas, on les fait se reproduire pour notre seul plaisir. Il me semble que seuls les chats "de gouttière" feraient exception à la règle.

Pour les chats, ce n'est pas "pour leur bien" que je les fais stériliser, c'est parce que, justement, je ne souhaite pas créer d'autres individus "artificiels" qui poseraient le même problème.
Pour ce que j'en ai compris, les véganes n'achètent pas d'animaux mais en adoptent dans des refuges. Ils le font pour protéger une vie individuelle. Mais ils ne souhaitent pas maintenir l'élevage d'animaux domestiques.

Dans mon monde idéal, plus personne ne ferait de mal aux animaux. Donc ils n'auraient plus peur de nous et nous pourrions profiter de leur présence à notre guise.
Peut-être même que des chats sauvages viendraient s'installer dans nos fauteuils et se laisseraient caresser. Nous n'aurions pas besoin de les stériliser, puis qu'il y aurait un équilibre naturel, ni de les faire reproduire.

J'ajouterai que ce n'est que mon opinion. Il me semble que c'est un sujet de débat chez les antispécistes.
 

James64

Broute de l'herbe
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Nous n'aurions pas besoin de les stériliser, puis qu'il y aurait un équilibre naturel, ni de les faire reproduire.
Je ne sais pas. En inde ou autre pays asiatique, les animaux comme les singes (sauvages) peuvent vivre en cohabitation avec les humains, et certaines villes ont recours à la solution de la stérilisation pour contrôler le nombre car sinon cela peut facilement pulluler avec les éventuels problèmes que cela occasionnent pour les humains.

Si l'animal n'a pas de de prédateur au dessus, le contrôle la population peut-être une solution. Espérer que les chats ne se reproduisent pas trop faute de proies ne serait pas forcément vrai car ils auraient accès à nos restes ménagers.
 

screugneugneu

Jeune bulbe
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C'est clair c'est super complexe, t'as raison. C'est pour ça que j'arrive pas à me faire une opinion, mais en même temps, je vois pas trop ce qu'un projet antispéciste réaliste pourrait être sans intervention humaine, ne serait-ce que pour protéger les animaux de nous-mêmes.
Les chats sauvages en Australie, on voit que c'est pas brillant comme résultat. Y a un vrai problème de surpopulation. Pareil en ville pour les pigeons, les rats, cafards, etc. Des qu'il y a groupement humain, il y a des espèces qui pullulent et en souffrent. Et c'est pas que le fait d'une surpopulation humaine actuelle, c'était déjà un problème aux époques passées où la population humaine était moindre. La question des animaux domestiques importe peu, il y aura de toute façon des animaux qui profiteront de l'opportunité des déchets des humains et seront en surpopulation. Donc il y a forcément un choix à faire entre exterminer ou stériliser/réguler les populations, donc intervention humaine, donc welfarisme. ça c'est pour les cohabitations humains et autres animaux. (edit : je viens de voir que James64 a déjà dit ça)
Tu prends les animaux sauvages, y aura toujours du braconnage, des catastrophes x ou y qui déciment des populations. On les laisse se démerder et donc souffrir voire disparaître, y compris face aux braconniers, ou on intervient pour les aider et les protéger, dans ce cas, c'est du welfarisme.
Enfin, si tu veux un "équilibre", il faut une régulation de population, donc des morts. C'est bien le paradoxe. Et ça s'applique aussi aux humains d'ailleurs : on fait trop d'enfants et on meurt pas assez, grâce aux progrès de la médecine et de nos modes de vie de plus en plus "confortables", du coup on fait chier toute la planète. Imagine, on aurait toujours un taux de mortalité infantile de 20% (je dis ça au pif) et une espérance de vie de 55 ans, la planète serait plus heureuse. C'est pareil dans la "nature" : les espèce sauvages se régulent parce que leurs individus ont une grosse probabilité d'avoir une vie un peu pourrie et de mourir jeune.

Voilà, c'était le moment cynique de Screugneugneu (c'est le mood du soir, désolée), mais sinon les chats c'est meugnon tout plein ^^
 
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