Ce monde absurde...

Matilda

Jeune bulbe
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Bonjour à tous, pour mon premier sujet de comptoir, en voici un qui me travaille vraiment ces derniers temps. Je remercie toutes celles et ceux que ça inspirera!

Dans un ou deux siècles, si l’espèce humaine est toujours là, comment regarderons nous cette époque bizarre d'aujourd'hui? Je trouve qu’on vit vraiment dans une époque de fous à vous rendre schizophrène même quand vous essayez de ne pas l’être.
Pour ne prendre que l’exemple animal…
Dans le futur, lors d’un exposé historique il y aurait, tirées des archives du XXIème siècle une photo avec une forêt mangée, prédatorisée par le machinisme triomphant et l’agriculture intensive, l’autre photo d’une file de vaches engraissées par cette même agriculture s’avançant péniblement dans le couloir de la mort, des images sanglantes et horribles, une troisième prise à dix, cent ou mille kilomètres de là des produits emballés, étiquetés, codebarrisés, bien propres dans un magasin bien rangé, pêle-mêle du végétalien et du carné, et les historiens du futur expliqueront que que c’était le prix, la disponibilité et l’habitude qui décidait finalement de ce que les « consommateurs » achetaient. Ils devront aussi expliquer ce que signifie « consommateur ».
J’essaie de me projeter dans un ou deux siècles quand la « descente énergétique *» aura fait son œuvre, qu’on ne pourra plus avoir de grosses machines, de grosses industries, et que tout ce déploiement et gaspillage d’énergie permis par l’extraction pétrolière paraîtra rétrospectivement absurde, que les délires de la mondialisation paraîtront également absurdes, que pour survivre on aura dû relocaliser tous nos besoins, qu’on devra peut-être tout faire avec nos p’tits bras, que ceux qui voudront encore manger de l’animal ne pourront plus se cacher la vérité quand il faudra le tuer.
Que la peur du covid-19 paraîtra également absurde, qu’on se demandera comment était-il possible que cette seule épidémie mette tout le système mondial à l’arrêt, alors que les autres causes de mortalité parfois bien plus graves (pollutions, cancers, maladies-cardiovasculaires, drogues, famines dans les pays pauvres), étaient incapables de le faire... que les différentes C.O.P étaient des échecs retentissants, les unes après les autres, alors que c'était encore une fois bien de la survie de l'humanité qu'il s'agissait...

Peut-être qu'il y aura une théorie bien construite pour dire de quoi l'espèce humaine dans son ensemble était malade...

Qu’en pensez vous ? Et vous arrivez vous à mettre un pas hors du système, à essayer de le regarder de l’extérieur?

*voir à ce propos les interview et conférences d'Arthur Keller
 

crabe

Broute de l'herbe
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Je ne sais pas comment d'éventuels témoins futurs verront l'humanité actuelle, mais j'avais lu une façon de voir les choses qui m'avait assez plu (et apaisée, avouons-le nous)
Si on considère que l'humain est un être de raison, évidemment le résulat de nos sociétés est un beau bordel, difficile d'y voir du sens et on peut suspecter une pathologie congénitale.
Par contre, on peut également voir l'humain comme un primate adapté à un certain environnement, qui a en lui les comportements nécessaires à sa survie dans un environnement donné...qui n'existe plus.

Sa "raison", sa conscience elle-même, est aussi source de gros malentendus : intermittente, partiale....c'est plus une illusion d'unité dont on est convaincu ("je suis moi, je veux ça") qu'autre chose, quand la réalité semble être plein de petits systèmes autonomes qui interagissent pour nous faire croire qu'on est "nous" constamment. Beaucoup d'étude sociologiques montrent d'ailleurs qu'on ne fait pas, au final, beaucoup de choix basés sur un raisonnement conscient : on barbotte plutôt dans un environnement donné qui va influencer en grande partie nos idées et nos choix, et on est plutôt bon pour anticiper à court/moyen terme, toujours de manière pseudo-consciente, pas au-delà.

Comparer notre raison à une unité logique consciente serait comme comparer l'œil de chouette à une caméra HD : oui, c'est le meilleur de sa catégorie biologiquement, mais c'est du bricolage imparfait, avec du rafistolage d'image par le cerveau derrière pour masquer la papille. Notre cerveau n'a pas vocation à produire du traitement logique d'information, beaucoup plus de la gestion sociale et du management d'émotion.

Si on prend ce point de vue là de primate pseudo-conscient bricolé par l'évolution pour juste ne pas mourir tout de suite dans un environnement très précis, alors perso je suis beaucoup moins enclin à y chercher une pathologie "autodestructrice" d'espèce (sans nous dédouaner de rien, hein, au contraire) C'est un peu une technique de verre "à moitié plein/à moitié vide" : si on considère que l'humain n'est "que" ça, même en admettant son arrogance (qui n'est que le fruit de l'évolution, par un cerveau imparfait), on peut voir notre course à la rentabilité à tout prix et notre autodestruction comme des phénomènes dûs à une espèce qui n'a pas la raison constante et entière nécessaire à se libérer de nos préférences à court ou moyen terme. Notre pensée n'a pas été naturellement sélectionnée pour ça, tout simplement.
 

Matilda

Jeune bulbe
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ok, je pense aussi que l'humain n'est pas très adapté à l'environnement... qu'il s'est créé lui-même! C'est peut-être là que gît la pathologie (que j'appellerai pathologie de l'espèce plutôt que de l'individu) en fin de compte: cet écart entre d'un côté sa sur-réussite en terme d'expansion et de multiplication, aboutissant nécessairement à de très grandes sociétés interconnectées et très organisées; et de l'autre la réalité de l'individu primate avec son cerveau qui est en fait conçu pour "ne pas mourir tout de suite" dans un environnement donné; en fait nous nous comportons presque comme des fourmis mais nous ne sommes pas des fourmis! D'un côté, on peut voir l'épisode que nous vivons de façon positive comme "une poussée de croissance" (qui aboutirait, on l'espère, à une plus grande maturité: après tout dans les décisions que nous prenons, l'éducation n'entre-t-elle pas en jeu? n'avons nous pas évolué depuis le Moyen-âge?), de l'autre la croissance infinie dans un monde fini, pour faire une analogie biologique, a un nom: ça s'appelle le cancer. Personnellement, j'ai plutôt tendance à croire que l'humanité est bien malade d'un cancer. Ca ne dit pas si elle va relever le défi et se remettre, ou non.
On pourrait aussi parler de l'individualisme des uns (encore l'éducation!) qui mène l'ensemble à sa perte sans que celui-ci soit capable de se révolter (toujours l'éducation!), mais ça prendrait 3h ... :) J'ai lu aussi le livre de Pablo Servigne, Comment tout peut s'effondrer, qui nous explique que dans toutes les sociétés qui se sont effondrées dans le passé, il y avait de très fortes inégalités et qu'une société est d'autant plus "fragile" face à l'effondrement qu'elle est inégalitaire. en fait, les petites sociétés auxquelles le cerveau humain est adapté sont plutôt égalitaires. Que les récits que nous nous faisons, qui sont véhiculés dans la société sont très importants pour la direction que celle-ci prend. Que certains récits sont peut être toxiques, ou le deviennent à un moment donné...
 
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Balika

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Le film "Age of stupid" part de cette réflexion : comment nos descendants jugeront notre époque ?
 

Ralph

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