Les différents mouvements féministes

Marcelina

Avale du tofu
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Je sais pas comment l'exprimer autrement. Bref, cet appel qui vient de l'intérieur... (hey merde, je viens de me pourrir la tête "la musique est un cri qui vient de l'intérieuuuuur"....)
 

Erabee

Avale du tofu
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j'ai deux gamins et jamais ressenti de besoin viscéral ou de tic tac-ménopause ^^ Et je suis de l'avis que beaucoup d'humains, notamment dans la culture occidentale ou capitaliste, font des enfants sans qu'il s'agisse de base d'un réel choix, donc que c'est dommage pour elleux (et leurs enfants :/ ) d'avoir intégré les normes sociales comme naturelles ou essentialistes, au point que leur vie en soit impacté en profondeur à ce point.
J'en veux à aucun parent, ni à mon loup ou moi, et je les (nous) conchie pas, d'ailleurs j'ai jamais rencontré aucun.e childfree ni/et aucun.e féministe qui cherche à culpabiliser les parents, ou ai des paroles oppressives à leur encontre.
D'ailleurs à l'inverse je croise énormément de personnes, parents ou non, qui culpabilisent les childfree et/ou les féministes!
 

SuperBulle

Élève des carottes
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D'après ce que j'ai compris de ce que dis Marcelina, le problème c'est pas les femmes qui choisissent de ne pas avoir d'enfants, mais celles qui reprochent à celles qui en ont de ne pas être assez féministes à cause de ça, voir d'être des traîtresses.

Oui, je suis pas trop d'accord avec le fait de comparer désir d'enfants et épilation ^^
 

Hélène1

Avale du tofu
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Je crois pas avoir eu un besoin viscéral de faire des enfants. J'en avais juste envie, mon mec aussi, on s'est pas posé trop de questions et voilà. Maintenant on veut faire un verger permaculturel, c'est une envie, c'est pas plus "viscéral" que l'envie qu'on a eue de faire des enfants, c'est un projet de vie.

J'ai reçu, en tant que mère, des remarques négatives, mais elles ne sont jamais venues de personnes se déclarant féministes (des remarques stupides et condescendantes venant du milieu médical souvent).
 

moogli

Mange de la salade
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Je ne vois pas de quelles féministes tu parles Marcellina. Pour que ce soit pertinent tu te rends bien compte qu'il faut quand même que cela soit représentatif, sinon y a pas de phénomène. parce que oui les individus existent, chez les végés, les anticapitalistes, les anti racistes, les LGBT....qui ne représentent pas leur mouvement de façon du tout pertinente, ils ont une pensée différente, qui ne va pas fans le même sens que la majorité de leurs pairs. Je veux dire, ils font rupture avec la pensée des autres (je ne suis pas dans une sorte d'idée qui distribue les bons point de militance politique). Peux tu me dire en quoi les commentaires à leurs sujets éclairent la compréhension qu'on peut avoir de discours politiques desquels ils se revendiquent? En tout cas ces féministes je veux bien que tu témoigne de leurs discours et de leurs existences. Suffisamment signifiante pour être citées. Parce que le végé qui pense que manger du poisson c'est végé il ne permet pas de comprendre de quoi parle le végéta*isme ni de se faire une idée sur les membres intéréssés par la question animale. En tout cas sur un certain forum féministe la question de la maternité est abordée largement et fait même l'objet actuellement d'une discussion pour soutenir les futures mères qui comme le dit Usagi ont plutôt besoin de se protéger de la violence de la société misogyne et de la pensée dominante mais pas des féministes.
 

Didine

Massacre des légumes
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Marcelina":rxl69f4o a dit:
Je sais pas comment l'exprimer autrement. Bref, cet appel qui vient de l'intérieur... (hey merde, je viens de me pourrir la tête "la musique est un cri qui vient de l'intérieuuuuur"....)
Bah le soucis c'est que cet "appel" il n'existe vraiment pas, ou plus si tu préfères, il nous a peut-être touché à l'époque ou on vivait dans des grottes en taillant des silex, mais aujourd'hui il est complètement construit socialement. Alors je ne veux pas dire que personne ne désire vraiment avoir d'enfants hein, mais ce désir n'est pas plus fort, inné, intrinsèque ou biologique que le désir de certains de manger du chocolat et d'autres qui n'aiment pas ça ! (oui ça existe les gens qui n'aiment pas le chocolat ! :p )

le désir sexuel suffit amplement à la reproduction de l'espèce. Le désir d'avoir un enfant est un phénomène socioculturel (d'ailleurs il n'existe pas dans toutes les sociétés, preuve qu'il n'a rien de biologique).

Je n'arrive plus à remettre la main sur cet article qui expliquait qu'il n'y avait pas de moment ou les gènes s'affolaient et nous donnait forcément envie d'avoir un enfant mais si je le retrouve je te le transmettrais.

Comme d'hab, je précise, ne vois aucune agressivité ou animosité dans mon message, juste une explication.

Edit : ils en parlent un peu sur le super site du VHEMT http://vhemt.org/fbiobreed.htm#instinct
Mais ce n'est pas l'article auquel je pensais à la base (j'avais une explication bien scientifique !)
 

Watermelon

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D'autant que j'ai l'impression que la plupart des gens qui parlent d'horloge biologique placent le moment ou le désir d'enfant est censé se manifester vers 30 ans, c'est à dire auteur de l'âge moyen des femmes à la naissance de leur premier enfant. Ça ne correspond absolument pas avec le pic de fertilité qui est vers 20 ans pour les femmes. :gné:
 

yapuka

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Didine":jlsqxvmn a dit:
Bah le soucis c'est que cet "appel" il n'existe vraiment pas, ou plus si tu préfères, il nous a peut-être touché à l'époque ou on vivait dans des grottes en taillant des silex, mais aujourd'hui il est complètement construit socialement.
J'avoue qu'à ce sujet, je ne suis pas certaine qu'en si peu de temps d'évolution, nos instincts primaires se soient éteints. Après, je ne sais pas si l'instinct maternel a jamais existé pour le coup. Et pour finir, je pense que notre mince vernis de conscience de soi et des autres, et de raison peut quand même suffire à contrecarrer un potentiel instinct.
 

Nurja

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Watermelon":19wajw0n a dit:
le pic de fertilité qui est vers 20 ans pour les femmes. :gné:
Tu tiens cette information d'où ?
Quand j'ai avorté (vers 32 ans), j'ai dit mon étonnement au gyné d'être tombée enceinte après deux rapports non protégés alors que quand j'avais 25 ans, je suis restée 9 mois à "essayer de faire un bébé" sans succès. Le gyné m'a dit qu'en réalité, on était plus fertile vers 30 ans que vers 20.

Pour ce qui est de l'instinct, je pense que l'envie de sexe suffit largement à préserver l'espèce.
 

yapuka

Fait crier les carottes
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Nurja":2ujcsfbx a dit:
Pour ce qui est de l'instinct, je pense que l'envie de sexe suffit largement à préserver l'espèce.
Ah bin oui tiens, j'avais pas pensé à ça.
 

Watermelon

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L'instinct maternel c'est pas plutôt le truc qui permet de s'occuper des petits après leur naissance ?

Pour savoir quand baiser un certain nombre d'espèces ont des chaleurs mais je pense qu'on serait au courant si on était concerné-e-s.

Nurja":2ufy29nl a dit:
Tu tiens cette information d'où ?
J'avoue c'est plus un chiffre que j'avais dans la tête en fait. Là en cherchant je trouve ça (voir le graphique qui montre un pic pour la tranche des 20-24 ans) et ça.
La fertilité diminue lentement entre 20 et 35 ans, où elle connaît alors une diminution très marquée de 35 à 45 ans.
C'est vrai que ça n'est pas évident de trouver des informations fiable et cohérentes entre elles sur le sujet, donc peut-être que je me suis trompée. :><: Par contre je ne trouve rien non plus disant qu'on est plus fertile à 20 ans qu'à 30.

Je trouve quand même assez parlant que cette fameuse envie de faire des enfants soit censée se faire sentir à l'âge que la société actuelle considère comme un bon âge pour faire des enfants. Aujourd'hui si tu en fais à 20 ans les gens vont penser que c'est trop jeune et irresponsable.
 

Noraleeds

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A vous lire, je crois comprendre qu'on ne trouve pas de dévaluation de la maternité ou du statut de femme/mère au foyer parmi les mouvements féministes. Ce que je vais dire n'est pas significatif en soi : je connais deux personnes (un homme et une femme, pas de lien entre eux) qui considèrent qu'il devrait y avoir égalité entre les deux sexes (partage équitable des tâches avec sa femme pour le premier par exemple et non "genrisation" des enfants qu'ils ont, je veux bien le croire je n'ai pas vérifié). Mais les deux se sont déjà exclamés, en parlant d'une jeune connaissance femme/mère au foyer, que "quand même on est en 2016, comment on peut vouloir rester à s'occuper des mômes, dans la maison toute la journée, il faut voir du monde, sortir... bla bla bla, c'est fini les années 1950", "non, tu ne trouves pas ?".

J'ai également discuté avec une femme de ma connaissance avec laquelle, alors, on s'était très mal comprise, je croyais qu'elle défendait l'idée que c'était bien normal qu'elle, en tant que femme, s'occupe des tâches ménagères. En vérité, elle revendiquait son droit de n'être pas jugée pour avoir accepté cette situation. Elle disait aussi grosso modo que n'étant pas née dans la même génération que moi c'était resté tel quel entre elle et son mari et que désormais elle ne voulait pas lui laisser les tâches domestiques parce qu'il ne savait pas faire ( :rolleyes: ). Mais elle me reprochait, à moi et à "toutes les petites jeunes d'aujourd'hui" (re :rolleyes: ) de la pousser à se battre contre cet état de fait au sein de son couple, d'abandonner son mari (j'ai jamais dit ça mais bon) pour vivre avant tout libre et être en accord en actes et en pensées avec le féminisme. J'ai raconté cette étrange discussion car je trouve que le fait qu'on ne se soit pas écoutées est assez révélateur des préjugés qu'on a pu avoir : moi pour avoir cru qu'elle revendiquait son infériorité par rapport au mâââle pour qui ce serait déshonorant de s'occuper de la maison, elle pour m'avoir de suite coller le discours "femme qui s'occupe de la maison et des enfants = victime forcément aveugle du patriarcat qu'il faut secouer urgemment".

Les deux premiers exemples ne sont pas des personnes faisant parties d'un groupe actif ou un tant soit peu impliqué et comme je le disais au début de mon message, à lire vos témoignages, ce n'est apparemment pas dans les groupes actifs qu'on retrouve les réflexions précitées. Malheureusement, ces réflexions du "quand même, elle a pas honte de se laisser faire, on est en 2016" semblent exister dans la bouche de ceux qui revendiquent pourtant l'égalité sur bien d'autres points, à tel point que certaines femmes/mères au foyer (j'imagine) peuvent mal vivre ce jugement comme beaucoup d'autres en ont tout aussi marre de cette espèce d'obligation du "alors, c'est pour quand ?".

Je ne sais pas si je suis bien claire dans mes propos mais je trouve un peu exagéré de dire que ces réflexions sont d'une rareté telle qu'elles ne sont pas significatives. C'est peut-être le cas, toutefois, le fait que vous ne retrouviez pas ces réflexions dans des entourages investis dans la question ne veut pas non plus dire qu'elles n'existent presque pas chez toutes personnes se revendiquant des idées féministes. Enfin, on pourrait en discuter longtemps mais il faudrait surtout des chiffres, sondages ou autres.
 

Erabee

Avale du tofu
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en règle général, blâmer l'oppressé.e pour sa situation, c'est non productif, au minimum... Les féministes pour celleux que je rencontrent sont au courant de cet état de fait et savent très bien qu'actuellement, les femmes ne vivent pas dans une égalité de traitement, d'opportunité et de réalité avec les hommes. Et que du coup les femmes composent avec la réalité au mieux de leurs possibilités matérielles et de l'information à laquelle elle ont eu accès. En trouvant ce qui sera le mieux pour elle dans la situation présente, sachant qu'elles auraient pu avoir fait d'autres choix si la société était réellement égalitaire.
Taper sur la tête des mères, des pas mères, des au foyer, des qui bossent, ça reste des jugements de valeurs sur les (forcément mauvais et inappropriés) choix des femmes. Donc c'est pas un comportement féministe! Interroger ce qui fait la situation inégalitaire, et trouver les causes (les responsables aussi pourquoi pas) et des solutions adaptées pour tendre vers l'égalité, ça c'est féministe ^^

Sur la discut' avec tes deux premiers amis, j'ai la sensation qu'il y a peut être des préjugés sur le quotidien des personnes au foyer (hommes ou femmes). Qu'on resterait enfermé.e dans sa maison, à faire le ménage et la cuisine, aller chercher les enfants à l'école et abandonner toute vie sociale... ça, c'est pas être au foyer, c'est être en dépression, ça n'a rien à voir. Au foyer, pouvoir voir des amis, sortir, avoir des activités personnelles, c'est tout aussi possible (et nécessaire je dirais!) que pour une personne rémunérée pour son travail! :pouces:
 

Didine

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Erabee, ton message me fait repenser à une femme et mère que j'ai connu durant mon adolescence son mari était un cliché du macho-italiano (sans vouloir tomber dans le racisme hein mais lui incarnais vraiment ce cliché surement trop répandu et a tort) elle n'avait pas le droit de sortir sauf si c'était pour emmener les enfants quelque part, n'avais ni permis ni voiture, ne devait pas faire la bise à des hommes que son mari ne connaissait ou "n'approuvait" pas mais au mieux leur serrer la main, elle ne devait laisser rentrer personne dans la maison si il n'était pas là... Elle passait ses journée entre taches ménagère, popote, gosses et comptes de l'entreprise de monsieur (seul travail qu'il l'autorisait à faire parce qu'une femme c'était pas normal qu'elle travaille non plus) mais elle n'arrêtait pas de dire que ça lui convenait, c'était quelqu'un de très paisible et gentil et malgré tout, je ressentais déjà un genre de peine pour elle a l'époque, à travers ses paroles j'avais l'impression qu'elle estimait normal de se priver car elle avait choisi d'être avec lui et qu'elle devait assumer ce choix dans tous ses aspects.
Peut-être qu'elle n'était pas malheureuse, peut-être qu'il y avait vraiment une part de choix personnel, impossible de savoir ce qui est vraiment issu de nos choix et du conditionnement que l'ont subit, mais je pense pas être totalement dans l'erreur en disant que c'était quand même pas bien sain tout ça !
 

Erabee

Avale du tofu
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du coup effectivement, l'enfoncer davantage n'aurait servi à rien, quoi... Puis les oppresseurs de ce type, les victimes se culpabilisent déjà bien assez, et ont suffisamment de difficultés à se sortir de leur emprise pour qu'on vienne en remettre une couche. :/ Une oreille compatissante et une bouche qui répète que c'est pas normal et invite à trouver/proposer des solutions, plus?
C'est clairement pas sain, mais lui en foutre plein la figure je vois pas ce que ça aurait pu arranger pour elle. Plutôt en attaquant le mascu et en lui montrant combien sa posture est ridicule et lui fout la honte, prendre des témoins à partie sur l'anormalité de sa main-mise sur "sa" femme, sur son comportement violent et dépassé... bref. Pas toujours charger la victime ou attendre qu'elle fasse tout toute seule :/
Enfin, comme je disais: plus d'information, discuter pour montrer des solutions différentes, et arrêter de blâmer les victimes ^^
 

Didine

Massacre des légumes
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Aujourd'hui j'aurais sans doute agis comme tu le conseilles étant féministe engagée et bien consciente de tout ça, mais a l'époque j'étais une ado de 15 ans et même si je trouvais ça triste et anormal je n'avais pas du tout dans l'idée de faire quoi que ce soit, je passais régulièrement des soirées chez eux, comme avec de bons amis et sans trop me poser de questions... Et puis lui me faisait un peu peur aussi, d'ailleurs ça s'est très mal terminé parce qu'un jour je suis venu chez eux accompagné d'un homme (un amour d'ado) qu'il ne connaissait pas et n'avait donc pas "validé" et pourtant ont est resté sur le pas de la porte, mais ça à déclenché une dispute d'une violence inouïe et j'ai compris que je ne voulais plus rien à voir a faire avec un fou pareil, je n'ai plus jamais eu de contact avec aucun membre de leur famille ou connaissance après tout ces événements mais ça s'est vraiment mal terminé j'en garde un souvenir bien vivace... Par contre ça me rajeunit pas tout ça !
 

Noraleeds

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Erabee":2ea3l3i5 a dit:
Sur la discut' avec tes deux premiers amis, j'ai la sensation qu'il y a peut être des préjugés sur le quotidien des personnes au foyer (hommes ou femmes).
Complètement ! (oui, oui je sais c'est une contribution de fou à la discussion :D )
 

Usagi.Chan

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J'ai un peu hésité pour choisir quel topic était le plus approprié pour poster cet article car ça parle à la fois d'intersectionnalité, de féminisme blanc, d'identité de genre, de racisme et de libéralisme. Et c'est écrit par une afro-féministe dominicaine. Donc finalement ce fil, qui parle un peu de tout ça à la fois et surement le plus adapté. :)

Je vous poste l'article original en anglais ici et une traduction française en spoiler.

S’il existe quelque chose comme le « féminisme blanc », l’idéologie de l’identité de genre en est vraiment l’incarnation parfaite.

L’illusion que l’on peut entrer et sortir de l’oppression sexuelle à son gré est caractéristique des gens qui nagent dans le privilège.

26 JUILLET 2017 par RAQUEL ROSARIO SANCHEZ

Durant mes études de troisième cycle, j’ai eu un débat animé avec un camarade de classe qui affirmait que le « féminisme blanc » était un grave problème dans le mouvement des femmes.

Pour ce type (qui était blanc et originaire des États-Unis), « le féminisme blanc » signifiait que le mouvement des femmes s’était limité aux vies et aux expériences d’un nombre très restreint de personnes — des femmes blanches des États-Unis, privilégiées, issues principalement de milieux universitaires —, et ce « durant la majorité de son histoire ».

Je lui ai dit qu’à mes yeux, cette expression fonctionnait comme un outil pour rejeter l’apport des féministes de la deuxième vague, glorifier une troisième vague (très problématique) et encourager les luttes intestines entre féministes, en créant des divisions dans un mouvement où la lutte collective est cruciale. Sa prétention était contredite par le mouvement populaire avec lequel j’avais grandi en République dominicaine, qui n’était évidemment pas dirigé par des Étasuniennes (et certainement pas par des femmes blanches de classe supérieure ou des universitaires). Il existe des problèmes légitimes au sein du féminisme dans mon pays, notamment en ce qui concerne le rapport de classes, mais on y trouve beaucoup plus de solidarité que d’animosité, et le féminisme dominicain a été conséquent dans son traitement des luttes des femmes rurales, ouvrières et immigrantes.

J’ai particulièrement remarqué, pendant mon séjour en tant qu’immigrante aux États-Unis, que la plupart des gens qui se plaignaient à moi de ce qu’ils et elles appelaient le « féminisme blanc » étaient eux-mêmes de race blanche. Je me suis sentie instrumentalisée en tant que femme de couleur dominicaine, comme si ces personnes tentaient de m’utiliser pour les valider, elle et leur type de féminisme. J’en suis venue à me méfier de toutes les personnes blanches qui utilisaient cette expression. Critiquer le « féminisme blanc » semblait être un moyen pour elles de se présenter comme des Blanc·he·s qui seraient différent·e·s, meilleur·e·s — à titre de personnes féministes « intersectionnelles » branchées, qui se trouvaient simplement être de race blanche.

Maintenant que je suis de retour en République dominicaine à travailler dans des maisons d’hébergement, je pense que mon collègue universitaire avait raison au sujet d’une chose : le féminisme blanc est réel. Mais il s’incarne dans l’idéologie de l’identité de genre.

La tendance actuelle chez les gens qui se réclament de la troisième vague, ou se disent progressistes, est de soutenir que nous pouvons fermer les yeux sur le fait que les êtres humains sont nés hommes ou femmes, pour se doter plutôt de nouvelles étiquettes comme « fluidité de genre », « multi-genre » ou « genderqueer ». Mais je constate une disjonction massive entre ce vocabulaire — popularisé dans les classes occidentales d’études de genre — et les réalités des femmes marginalisées dans des pays comme le mien.

J’ai beaucoup réfléchi à ce que signifie l’identité de genre dans le contexte du Sud mondial. Que signifie-t-elle pour les femmes et les filles qui me ressemblent ? Que signifie-t-elle pour les femmes et les filles dominicaines marginalisées non seulement par leur identité sexuelle mais aussi par la pauvreté, la race et la xénophobie ?

La République dominicaine a récemment débattu de l’opportunité de rendre ou non illégal le mariage des enfants. Notre pays présente le taux le plus élevé de mariage d’enfants dans la région de l’Amérique latine et des Caraïbes. Selon un sondage de 2014, 37 pour cent des femmes âgées de 20 à 49 ans se sont mariées (ou sont entrées en union libre) avant leurs 18 ans. L’enquête montre également qu’une adolescente sur cinq âgée entre 15 et 19 ans est en couple avec un homme qui est d’au moins 10 ans son aîné. Il existe une forte corrélation entre le mariage des enfants et les grossesses d’adolescentes, qui peuvent entraîner chez ces filles de graves problèmes de santé, comme l’empoisonnement du sang, l’obstruction de l’accouchement et l’hypertension artérielle. De fait, la grossesse à l’adolescence est la principale cause de décès chez les jeunes filles à l’échelle de la planète. Cette situation est particulièrement inquiétante en République dominicaine qui interdit tout avortement, même lorsque la vie de la femme est en danger.

Plan International, une organisation de défense des droits des enfants, a publié en mars dernier une étude sur le mariage des enfants dans la partie sud de notre île. L’équipe de recherche a interviewé des hommes qui se sont mariés avec des filles mineures, ainsi que des filles qui ont « choisi » ces mariages. Près de 40 pour cent des hommes interrogés ont déclaré préférer les filles plus jeunes parce qu’elles sont « plus obéissantes et plus faciles à contrôler ». L’étude a également révélé que beaucoup de filles se marient avec des hommes plus âgés dans l’espoir d’échapper à la violence familiale et à la pauvreté, mais qu’elles sont violentées par ces hommes une fois mariées. Une jeune fille de 15 ans interviewée pour l’étude a raconté :

« Je me suis mariée parce qu’il me fallait m’enfuir de chez moi. On me battait à coups de bâtons. On ne me faisait jamais confiance. Un jour, j’ai dit : “Je ne veux plus vivre comme ça.” À la maison, il y avait beaucoup de violence : ils m’ont déjà battue devant tout le monde, en pleine rue. Donc, je suis devenue travailleuse domestique dans une autre famille. J’avais 11 ans. C’était encore pire là-bas, la violence empirait. Je devais faire toutes les tâches, y compris laver tout le linge à la main. Ils ne me laissaient même pas aller à l’école et ils ne m’ont jamais payée, sous prétexte qu’ils me nourrissaient. Je souffrais beaucoup. Je me suis sentais emprisonnée : je ne pouvais même pas aller au parc. J’ai voulu me marier pour échapper à tout cela. Je croyais qu’en me mariant, j’allais habiter une maison calme, où je pourrais manger, dormir et sortir. Je ne savais pas qu’il n’en serait rien, que ce serait un autre enfer. »

En République dominicaine, on n’attend pas des garçons qu’ils fassent du nettoyage ou qu’ils aident à l’éducation de leurs frères et sœurs — cela relève de la seule responsabilité des filles. Avant leur mariage, 78 pour cent des filles ayant participé à l’étude de Plan International ont déclaré avoir été assignées aux tâches ménagères comme le nettoyage, et au soin de leurs frères et sœurs plus jeunes. Quand on a demandé aux filles ce que signifiait être une femme, la plupart ont répondu que cela voulait dire être une mère et une épouse.

L’autrice Caridad Araujo souligne ce qui suit :

« La moitié des femmes d’Amérique latine qui sont en âge [de travailler] sont actuellement au chômage, et celles qui ont un emploi gagnent beaucoup moins que leurs homologues masculins. Pour les femmes d’Amérique latine et des Caraïbes, l’écart salarial devient encore plus exacerbé pendant leur période de fécondité maximale. »

Cette situation provient de l’attente généralisée voulant que les femmes soient naturellement nourrissantes. Être contrainte à ce travail de soin aux autres se traduit pour les femmes par moins d’épargne, moins de promotions et moins d’argent accumulé dans leur fonds de pension de retraite.

Malheureusement, la politique d’identité de genre réduit cette réalité — et la condition féminine elle-même — à une identité insignifiante et malléable. Il est déconcertant que dans un monde où les femmes et les filles font face à une oppression structurelle basée sur leur biologie, la politique d’identité de genre ait prospéré à ce point.

Pour la journaliste Susan Cox : « L’assertion de non-binarité est une gifle au visage de toutes les femmes qui, à moins d’avoir fait un coming-out en tant que “genderqueer”, sont présumées posséder une essence interne parfaitement alignée sur la parodie misogyne de la féminité, créée par le patriarcat. » Il y a une cruauté néolibérale tordue à soutenir que le principal problème lié au genre est son impact sur les identités choisies par des individus, et non la manière dont il opère de façon systémique, en régime patriarcal, pour normaliser et encourager la violence masculine et la subordination féminine.

Lorsqu’elle est confrontée aux preuves que, historiquement et à l’échelle mondiale, l’oppression des femmes est fondée sur l’appartenance sexuelle, la politique d’identité de genre affirme simplement que le sexe est lui-même un construit social « inventé ».

J’ai eu il y a trois semaines le dialogue suivant avec le blogueur transgenre @RileyJayDennis

Les organes génitaux, les gonades, les hormones, les chromosomes, les caractéristiques secondaires du sexe — ces choses sont réelles et existent chez les gens.

Réponse de Dennis

« MAIS les catégories distinctes de mâle et femelle  sont un système que nous avons créé. Le sexe biologique est une classification que nous avons inventée. Ces distinctions ne sont pas inhérentes à la nature.»

Dans un article publié dans Quartz, Jeremy Colangelo écrit :

« Le sexe et le genre sont beaucoup plus complexes et nuancés que les gens l’ont longtemps cru. Définir le sexe comme une réalité binaire invite à y voir un simple commutateur électrique : allumé ou éteint. Mais en fait, le sexe ressemble beaucoup plus à un interrupteur-gradateur, avec beaucoup de gens assis quelque part entre les catégories d’homme et de femme, aux plans génétique, physiologique et/ou mental. Pour refléter cette gradation, les scientifiques décrivent maintenant le sexe comme un spectre.

Malgré ces éléments probants, les gens s’accrochent à l’idée que le sexe est binaire parce que c’est l’explication la plus simple à croire. Elle est conforme aux messages que nous voyons dans les publicités, les films, les livres, la musique — essentiellement partout. Les gens aiment les choses familières, et la structure binaire est familière (surtout si vous êtes une personne cisgenre qui n’a jamais eu à faire face à des problèmes d’identité sexuelle). 
»

Mais les féministes ne soutiennent pas que le sexe est réel parce que c’est « l’explication la plus simple à croire », ou en raison de ce que les médias nous disent. Nous soutenons que le sexe est réel, car dès le moment où une échographie révèle qu’un bébé est de sexe féminin, son assujettissement commence. Et bien que « l’identité de genre » soit présentée comme un enjeu dont le féminisme doit s’occuper, elle est, comme l’explique Rebecca Reilly-Cooper, en contradiction absolue de l’analyse féministe du sexe biologique comme axe d’oppression :

« La sujétion historique et continue des femmes n’est pas apparue parce que certains membres de notre espèce choisissent de s’identifier à un rôle social inférieur. (Laisser entendre que c’est le cas serait un acte flagrant de blâme des victimes.) Elle est apparue comme un moyen pour les hommes de dominer la moitié de l’espèce qui peut porter des enfants et d’exploiter son travail sexuel et reproductif.

Il est impossible de comprendre le développement historique du patriarcat et l’existence continue de la discrimination sexiste et de la misogynie culturelle, sans reconnaître la réalité de la biologie féminine et l’existence d’une classe de personnes biologiquement féminines.
 »

Loin d’être fluides, les réalités de l’oppression sexuelle sont strictes et imposées par la violence — et c’est particulièrement vrai pour les femmes de couleur et les femmes vivant dans la pauvreté.

On peut supposer que les femmes et les filles roumaines qui remplissent aujourd’hui les bordels espagnols (six femmes sur 10 prostituées en Espagne sont originaires de Roumanie) aimeraient bien échapper à leur identité sexuelle. Evelyn Hernandez Cruz, la jeune fille de 19 ans qui vient d’être condamnée à 30 ans de prison au Salvador pour avoir vécu une fausse-couche, après avoir été violée à plusieurs reprises par un gangster, voudrait certainement rejeter son statut de « femme ». Les Kenyanes de 12 ans vendues à l’industrie de la prostitution par leurs familles, par besoin désespéré d’argent pour survivre à des sécheresses régionales, ne s’identifient probablement pas à être échangées comme des biens de consommation. On peut supposer que les filles du Népal qui meurent de piqûres de serpents et de froid dans les huttes menstruelles où on les envoie pour la durée de leurs règles sont également mal à l’aise avec les restrictions propres à leur sexe.

Même aux États-Unis, l’oppression sexuelle est aggravée par d’autres formes d’oppression, comme le statut racial. Selon un rapport publié en 2017, les Noires sont quatre fois plus susceptibles que les Blanches de mourir de complications liées à la grossesse et « risquent deux fois plus de vivre une complication qui met en danger leur vie pendant un accouchement ou une grossesse ». Une étude menée par le Centre for Disease Control and Prevention indique que la moitié des meurtres de femmes commis aux États-Unis sont le fait de partenaires actuels ou précédents et que les Noires sont plus susceptibles de mourir par homicide que toute autre catégorie démographique. On peut là aussi présumer que ce n’est pas une réalité à laquelle ces femmes « s’identifient ».

L’argument selon lequel le sexe n’est pas réel et le genre est inné ou choisi, plutôt que socialement imposé, démontre à la fois l’ignorance du monde qui vous entoure et, en même temps, votre position privilégiée. On constate ainsi que l’idéologie de l’identité de genre est bel et bien du « féminisme blanc » : un (soi-disant) féminisme qui passe sous silence les réalités matérielles des femmes marginalisées, qui priorise les sentiments et les intérêts des personnes les plus privilégiées, et qui se présente comme universel. C’est un « féminisme » inventé par des universitaires des pays occidentaux, et il apporte bien peu aux luttes des femmes qui vivent à l’extérieur de ces milieux.

Cate Young définit le féminisme blanc comme suit :

« Un ensemble particulier de pratiques féministes superficielles, non intersectionnelles et limitées à des enjeux ponctuels. C’est le féminisme que nous considérons comme le plus répandu ; le féminisme obsédé par la pilosité corporelle, les talons hauts, le maquillage, et le changement de nom au moment du mariage. Le “féminisme blanc” est le féminisme qui ne comprend pas le privilège de l’Occident ou le contexte culturel. C’est le féminisme qui ne considère pas l’enjeu racial comme un élément de la lutte pour l’égalité.

Le féminisme blanc est n’importe quelle expression de la pensée ou de l’action féministe qui s’oppose à une analyse intersectionnelle. C’est un ensemble de croyances qui permettent d’exclure les problèmes qui affectent spécifiquement les femmes de couleur. 
»

Compte tenu de cette définition, que faut-il penser d’un homme qui prétend que son eyeliner définit sa « féminité », comme l’a fait cette année Gabriel Squailia dans un article pour le média Bustle ? Il écrit :

« Ma politique et mon eyeliner sont devenus inséparables. En projetant mon propre sens de la beauté, sans honte ni hésitation, j’ai effrayé mes adversaires. Mon apparence était mon armure et mon arme. Chaque jour, mon pouvoir personnel a grandi. J’ai tiré force et sécurité du fait de tracer des lignes sur mes paupières et de la visibilité que cela m’a valu. Mon sens de moi-même est personnel, particulier, idiosyncratique. Il implique des enjeux massifs et complexes d’identité et de politique. Et tout cela est présent lorsque je me penche vers mon miroir pour dessiner mes tracés d’eyeliner. »

Le ridicule de la prétention de Squailia pour qui le maquillage fait de lui une femme et pour qui le pouvoir, la force et la sécurité sont facilement accessibles par des moyens artificiels apparaît encore plus clairement en regard des réalités quotidiennes auxquelles sont confrontées la plupart des femmes et des filles du monde entier. Dans son texte, Squailia admet que la féminité est un accessoire dont il a pu se prévaloir ou pas à sa guise :

« J’ai longtemps arrêté de porter tout ce qui était identifiable comme féminin. Pendant vingt ans, je n’ai même pas possédé d’eyeliner. Et je n’ai rien dit quand les gens m’ont vu comme un homme hétérosexuel et cisgenre. »

Mais les femmes et les filles opprimées en raison de leur naissance comme femmes n’ont pas le privilège de pouvoir échapper à la condition féminine et de s’approprier le privilège masculin des hommes hétérosexuels. Le patriarcat ne se préoccupe pas de savoir si les femmes ne se plaisent pas ou ne s’identifient pas à leur rôle subordonné.

Beaucoup de gens qui se considèrent progressistes croient qu’en prêtant allégeance à l’idéologie de l’identité de genre, ils font preuve d’« intersectionnalité ». Mais s’ils et elles se préoccupaient réellement des intersections du sexe, de la race et de la classe, on les verrait prioriser les femmes et les filles marginalisées par ces axes d’oppression. Au lieu de cela, les progressistes et les militants queer priorisent des hommes qui croient que l’oppression est quelque chose que l’on peut choisir ou non de vivre. Il me semble évident que la plupart des femmes du monde entier seraient choquées de se faire dire que la violence et l’injustice qu’elles vivent sont un choix… Ou qu’elles ont quoi que ce soit à voir avec de l’eyeliner.



RAQUEL ROSARIO SANCHEZ est une autrice de la République dominicaine. Sa priorité dans son travail en tant que féministe est de mettre fin à la violence infligée aux filles et aux femmes. Ses textes ont paru dans plusieurs publications en ligne et imprimés, en espagnol, en français et en anglais, y compris : TRADFEM, FEMINIST CURRENT, EL GRILLO, LA REPLICA, TRIBUNA FEMINISTA, EL CARIBE ET LA MAREA. Vous pouvez vous abonner à son fil Twitter : @ 8ROSARIOSANCHEZ, où elle s’exprime sur le féminisme, la politique et la poésie.
 

jess

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Bon, je vais mettre les pieds dans le plat, mais perso je trouve cet article problématique à bien des égards...

Pour ce type (qui était blanc et originaire des États-Unis), « le féminisme blanc » signifiait que le mouvement des femmes s’était limité aux vies et aux expériences d’un nombre très restreint de personnes — des femmes blanches des États-Unis, privilégiées, issues principalement de milieux universitaires —, et ce « durant la majorité de son histoire ».
Je lui ai dit qu’à mes yeux, cette expression fonctionnait comme un outil pour rejeter l’apport des féministes de la deuxième vague, glorifier une troisième vague (très problématique) et encourager les luttes intestines entre féministes, en créant des divisions dans un mouvement où la lutte collective est cruciale.
Bon, certes, le fait que ça soit un mec qui tienne ce discours tend à nous faire pencher du côté de l'autrice. Et pourtant... Comme elle le dit elle-même, c'est son avis. Avis qui occulte le fait que, effectivement, il y a eu pendant longtemps un féminisme qui concernait essentiellement les femmes blanches, aisées, et je rajouterais hétéros et cis à la liste.
Emettre ce fait ne veut absolument pas dire cracher sur ce féminisme ou nier ses apports dans la lutte pour l'égalité, ça veut juste dire que l'on admet que ça n'était pas parfait et qu'on peut aller plus loin dans le raisonnement en l'élargissant aux femmes qui ne sont ni blanches, ni aisées, ni hétéros, ni cis.
Emettre ce fait ne veut pas dire tomber dans des "luttes intestines", "créer des divisions" ou renoncer à la lutte collective, ça veut juste dire pointer ses lacunes pour, justement, essayer de faire évoluer le(s) féminisme(s) pour qu'il soit le plus inclusif possible. Et il n'est absolument pas incompatible de reconnaitre que chacune a des besoins différents, et arriver cependant à être unies sur de nombreux sujets (comme, par ex., le droit à l'accès à la contraception et à l'avortement, ou l'égalité salariale, qui font quand même globalement consensus). Avoir des divergences ne veut pas dire qu'on doit forcément rester perpétuellement focalisées sur ces divergences, on peut tout à fait voir les points communs d'abord...
Et, pour ce qui est de la 3ème vague qui est problématique... Elle se caractérise par une diversification des points de vue (et donc des revendications), donc il est tout aussi absurde de parler de 3ème vague dans sa globalité et de décréter tout simplement qu'elle est problématique, que de parler de féminisme au singulier. Certains mouvements nés suite à cette 3ème vague sont sans doute problématique, mais mettre tout dans le même panier, c'est un simpliste...

Maintenant que je suis de retour en République dominicaine à travailler dans des maisons d’hébergement, je pense que mon collègue universitaire avait raison au sujet d’une chose : le féminisme blanc est réel. Mais il s’incarne dans l’idéologie de l’identité de genre.
Je suis ravie pour elle que le féminisme dominicain soit aussi merveilleusement uni, et ça prouve bien que, justement, on peut tout à fait arriver à voir les points communs avant les différences.
Mais en quoi est-ce que ça l'autorise à décréter de manière aussi arbitraire que féminisme blanc = idéologie de l'identité de genre (alors, déjà, quand on parle directement d'idéologie, c'est qu'on ne fait pas vraiment preuve d'un grand désir d'impartialité et d'objectivité, mais bon, passons...).

La tendance actuelle chez les gens qui se réclament de la troisième vague, ou se disent progressistes, est de soutenir que nous pouvons fermer les yeux sur le fait que les êtres humains sont nés hommes ou femmes, pour se doter plutôt de nouvelles étiquettes comme « fluidité de genre », « multi-genre » ou « genderqueer ». Mais je constate une disjonction massive entre ce vocabulaire — popularisé dans les classes occidentales d’études de genre — et les réalités des femmes marginalisées dans des pays comme le mien.
En quoi cela est-il incompatible ? En quoi le fait que certaines personnes se revendiquent genderfluid ou queer est-il incompatible avec le fait qu'iels subissent une oppression systémique en tant qu'individus femelles ? En quoi le fait de laisser la possibilité aux gens de dire "Je ne me reconnais pas dans l'identité qu'on m'a attribué à la naissance" est-il incompatible avec le fait que ces personnes subissent une oppression systémique liée à cette identité assignée contre leur gré ?
Tout ce que prouvent les propos tenus ici, c'est que l'autrice n'a pas compris la différence qui a été faite entre sexe et genre.
Le sexe, c'est ton identité biologique de mâle ou de femelle.
Le genre, c'est le fait qu'on décide arbitrairement qu'une femelle est une femme, et qu'un mâle est un homme.
Oui, effectivement, les femmes subissent l'oppression patriarcale du fait qu'elles sont, très majoritairement, des femelles.
Mais l'oppression vient du fait qu'elles sont considérées comme des femelles. Une femelle qui ne se considère pas comme femme la subira tout autant. Et, à l'inverse, un mâle qui aura l'air, selon les codes sociaux en vigueur, d'une femelle la subira aussi, même si différemment.
D'ailleurs, au final, c'est exactement ce qu'elle dit ici, sans même s'en rendre compte :

Quand on a demandé aux filles ce que signifiait être une femme, la plupart ont répondu que cela voulait dire être une mère et une épouse.
Cette situation provient de l’attente généralisée voulant que les femmes soient naturellement nourrissantes. Être contrainte à ce travail de soin aux autres se traduit pour les femmes par moins d’épargne, moins de promotions et moins d’argent accumulé dans leur fonds de pension de retraite.
Malheureusement, la politique d’identité de genre réduit cette réalité — et la condition féminine elle-même — à une identité insignifiante et malléable. Il est déconcertant que dans un monde où les femmes et les filles font face à une oppression structurelle basée sur leur biologie, la politique d’identité de genre ait prospéré à ce point.
Oui, effectivement, les femelles (ou considérées comme telles) font face à une oppression structurelle basée sur leur (supposée) biologie.
Et le fait de parler de genres, et de refuser de dire que femelle = femme, et femme = femelle (et idem pour mâle/homme évidemment) ne revient absolument pas à nier l'oppression systémique patriarcale, ni le fait qu'elle sert à maintenir les femmes dans leur rôle de femelles reproductrices, ni de refuser de lutter contre cette oppression pour permettre aux femmes de s'affranchir de ce rôle. Au contraire, il s'agit d'élargir la perspective pour montrer que, s'affranchir du patriarcat, ce n'est pas seulement revendiquer le droit pour les femmes de choisir la maternité ou d'avoir l'égalité salariale, mais aussi de pouvoir choisir leur identité complète. Y compris si ça veut dire refuser que femme soit égal à femelle, et inversement.
Car, au final, en prétendant vouloir montrer que ce féminisme blanc, par le biais des théories du genre, nie les spécificités des femmes pauvres et non-blanches, tout ce qu'elle arrive à faire, c'est à prouver que son propre féminisme nie lui aussi toute une partie des femmes de cette planète.

Il y a une cruauté néolibérale tordue à soutenir que le principal problème lié au genre est son impact sur les identités choisies par des individus, et non la manière dont il opère de façon systémique, en régime patriarcal, pour normaliser et encourager la violence masculine et la subordination féminine.
Lorsqu’elle est confrontée aux preuves que, historiquement et à l’échelle mondiale, l’oppression des femmes est fondée sur l’appartenance sexuelle, la politique d’identité de genre affirme simplement que le sexe est lui-même un construit social « inventé ».
Ce serait vrai si... c'était vrai.
Sauf qu'en fait, le féminisme queer ne nie pas l'oppression systémique patriarcale, et ne dit pas non plus que "le principal problème lié au genre est son impact sur les identités choisies". Au contraire, il aurait plutôt tendance à dire que, le problème, c'est qu'on ne puisse pas choisir son identité, que la société, le patriarcat, ne nous laissent pas l'opportunité de choisir notre identité, parce qu'il assimile genres et sexes et utilise cette assimilation pour justifier son oppression. Donc, en fait, le féminisme pro "études de genre" dit lui aussi totalement que "l'oppression des femmes est fondée sur l'appartenance sexuelle", leur appartenance décidée et forcée au sexe femelle, sexe auquel il attribue des caractéristiques n'ayant pas grand chose à voir avec la biologie.
D'ailleurs, les divers exemples de femmes qui subissent l'oppression patriarcales qu'elle donne tout au long de l'article sont, selon ses propres mots, des femmes qui aimeraient probablement pouvoir échapper à leur identité sexuelle. Parce que le problème n'est pas d'être une femme, mais d'être réduite à une condition de femelle, reproductrice, maternelle, et disponible sexuellement.

J’ai beaucoup réfléchi à ce que signifie l’identité de genre dans le contexte du Sud mondial. Que signifie-t-elle pour les femmes et les filles qui me ressemblent ? Que signifie-t-elle pour les femmes et les filles dominicaines marginalisées non seulement par leur identité sexuelle mais aussi par la pauvreté, la race et la xénophobie ?
Beaucoup de gens qui se considèrent progressistes croient qu’en prêtant allégeance à l’idéologie de l’identité de genre, ils font preuve d’« intersectionnalité ». Mais s’ils et elles se préoccupaient réellement des intersections du sexe, de la race et de la classe, on les verrait prioriser les femmes et les filles marginalisées par ces axes d’oppression. Au lieu de cela, les progressistes et les militants queer priorisent des hommes qui croient que l’oppression est quelque chose que l’on peut choisir ou non de vivre. Il me semble évident que la plupart des femmes du monde entier seraient choquées de se faire dire que la violence et l’injustice qu’elles vivent sont un choix…
OK. Et en quoi le fait que ces femmes subissent 4 oppressions simultanées lui donnent le droit de nier les oppressions différentes, mais simultanées aussi, que subissent d'autres femmes ?
D'autant plus que ces femmes les subissent peut-être aussi, et peut-être même sans s'en rendre compte, ou sans le dévoiler.
Et je ne vois pas en quoi parler des problèmes liés au genre revient à dire que subir l'oppression patriarcale est un choix...
 
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